L’histoire d’une fée

Quoi de mieux que la poésie pour saisir une identité complexe et surtout ne rien réduire de ses rêves et de ses désirs…

Être une fleur-pierre

Ou l’histoire d’une fée qui portait en elle une fleur-pierre. Peut-être est-ce la manière la plus poétique de décrire cette posture nouvelle que, pas à pas, je développe en moi et vers laquelle j’accompagne de manière individuelle et collective ? Un changement radical, c’est certain, commencé il y a bien des années maintenant. Un long travail de déconstruction qui se poursuit jour après jour, de manière toujours plus profonde et plus reliée également. À la fois lucide sur la complexité des enjeux sociétaux et environnementaux qui traversent nos sociétés, et en même temps ouverte à tous les chemins qui s’offrent à nous aujourd’hui pour les dépasser, pour nous relier, pour apprendre à être et vivre les uns avec les autres dans une conscience profonde de notre interdépendance avec toutes les formes de vie.

Alors une fleur… Car elle porte en elle l’espérance, elle nous invite à la contemplation de la beauté, de la simplicité. Elle nous convie à l’imaginaire, à l’émerveillement devant l’incroyable créativité et résilience de ce monde, devant le regard d’un enfant, devant une main qui se tend et qui offre de l’aide, enfin. Une connexion à la Joie, source de guérison et de réparation pour tous les êtres vivants et pour notre planète qui ne sait plus comment nous dire de nous transformer. La fleur nous rappelle que nous ne sommes que de passage… Une conscience profonde de notre extrême vulnérabilité que nous avons tous en commun. Elle ne cherche rien d’autre que d’être là et elle nous fait par là abandonner d’un coup toute ambition de domination, de contrôle et de pouvoir sur le monde et sur le vivant.

Et une pierre… Un ancrage dans le réel. Le courage d’entrer complètement dans le monde tel qu’il est, pour regarder les choses en face et traverser les doutes, les peurs, les épreuves de toute vie. Là où je suis, c’est ma maison. Moi qui me déplace si souvent, à l’intérieur de moi, dans ce royaume si riche d’images et de mots. Et aussi à travers toute la France, à la rencontre d’autres mondes, d’autres regards, d’autres manières de penser, même si elles ne me confortent pas dans mon identité, dans mes croyances. Peut-être parce qu’aujourd’hui mon identité et ma cohérence interne ne cherchent aucune validation et ne demeurent en aucun cas un royaume à prendre, ou un moyen de prendre le pouvoir sur la vie ou sur les autres….

Chaque jour, je fais de mon passage sur cette planète une occasion d’apprendre, de grandir en humanité, c’est-à-dire en conscience, en ouverture et en altérité. Un appel à l’essentiel. Un monde qui aujourd’hui est devenu comme une école où tout nous est donné à chaque instant. Un monde Ami qui nous donne à comprendre et à apprendre des expériences qui s’offrent à nous.

C’est à travers cette posture éducative, c’est-à-dire ce chemin qui nous pousse à la fois au plus profond de nous-même et hors de nous-même, hors de nos certitudes que j’invente et expérimente d’autres formes d’accompagnement.

«Habiter en poète le monde»

Une invitation encore, celle d’Hölderlin, une manière nouvelle d’être, d’habiter, de s’habiter intérieurement qui résonne si fortement en moi depuis l’enfance. Les poètes se sont penchés très tôt sur mon berceau. Ils ont glissé dans mon cœur l’envie des Autres, de l’Amour pur et de l’infini douceur des âmes.

Un changement de regard sur le monde. Et c’est à cette transformation intérieure que j’accompagne depuis plus de dix ans., sous des formes différentes, qui évoluent continuellement, qui deviennent plus profondes. A travers la fondation et l’animation pendant plusieurs années d’un tiers-lieu où nous avons pu expérimenter la gouvernance partagée, l’intelligence collective et devenir pas à pas un collectif apprenant de ses expériences et de tous les «et pourtant…» qui nous traversent individuellement et collectivement. Mais aussi grâce à l’accompagnement de différents collectifs dans des démarches de déconstruction, de capacitation, de créativité et de dialogue. Et enfin par des actions de rue pour redonner la parole à toutes celles et tous ceux que l’on oublie trop souvent et que l’on n’entend pas.

Et peut-être avant tout en tant que femme, tentant à mon échelle d’incarner la vision si chère à Rimbaud : «Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi !» Parce que c’est aussi de ma responsabilité en tant que femme et en tant que maman d’une jeune fille de lui donner les clés du respect de soi, de la cohérence interne, de l’ouverture à l’Autre et de notre connexion au vivant.

Et j’en suis convaincue, l’habitat poétique exige une éthique, une manière de vivre qui ne place pas l’économique, l’utilitarisme au centre de l’existence. Libre, bien entendu, à chacun d’y mettre les mots, les valeurs ou les identités qui résonnent en lui, d’y incarner le monde qui lui semble le plus juste pour lui et pour le monde, tant qu’il ne fait pas de cette identité une forteresse imprenable ou un moyen de dominer les autres, de leur imposer ses choix.

Une Artisane du dialogue

C’est peut-être cela être une artisane du dialogue…

Les relations dysfonctionnelles demeurent, à mon sens, l’une des racines fondamentales de tous les problèmes de ce monde. Le manque de compréhension entre des personnes différentes, les comportements hostiles, les jugements nous empêchent de contempler librement les enjeux de notre monde et nous poussent à mettre en œuvre des solutions qui ne font que renforcer les rapports de force. Là où il s’agirait plutôt de reconnaître l’humanité fondamentale en chacun peu importe ses croyances, sa religion, son génie et de vivre ainsi d’une façon qui honore la diversité et les interdépendances entre tous les organismes vivants.

Comme toute artisane, je remets chaque jour sur le métier mon ouvrage avec persévérance et courage, sachant que quelque part tout reste encore à découvrir. J’apprends à ralentir et à créer ainsi, dans une profonde écoute et humilité, des dialogues riches et intenses.

Il s’agit pour moi d’une discipline de l’esprit, de l’intellect et du corps. Et peut-être modestement de mon engagement et de ma contribution pour que nous grandissions ensemble en humanité et participions à l’émergence d’un monde de paix.

Avec la profonde espérance que chacun puisse vivre l’Amour.